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Carnets de Corse
Quai de gare de montagne en pierre, rails et ballast au premier plan, hêtres serrés derrière

GR20 nord ou GR20 sud : laquelle des deux moitiés pour une première fois

Neuf étapes au nord, sept au sud, et dix-neuf heures de marche d'écart entre les deux moitiés du GR20 selon les temps publiés par le Parc. Pourquoi le sud tient dans une semaine, pourquoi le nord n'y tient pas, et par quel bout partir.

14 septembre 2026 6 min de lecture Anne Poggioli

Neuf étapes au nord, sept au sud. Le Parc naturel régional de Corse publie un temps de marche pour chacune des seize étapes du GR20, dans les deux sens. J’ai additionné les colonnes : 57 h 05 pour la moitié nord, de Calenzana à Vizzavona, 37 h 50 pour la moitié sud, de Vizzavona à Conca. Dix-neuf heures et quinze minutes d’écart. C’est ce chiffre qui décide de votre semaine. La note de technicité dont on vous parlera d’abord vient après.

En bref : avec une semaine, prenez le sud. Sept étapes tiennent en six jours de marche au prix d’une seule journée doublée, 8 h 40 entre Usciolu et Asinau. Les neuf étapes du nord n’y tiennent pas : il faut doubler trois fois, et le meilleur découpage possible laisse encore une journée de 13 h 10. Dans les deux cas, partez de Vizzavona.

On vous dira de choisir selon votre niveau. Vous avez sept jours de congés et deux d’entre eux partiront dans les transports : le calendrier tranche avant le niveau. Je n’ai pas marché le GR20 et je ne vais pas faire semblant. J’ai fait ce que je fais depuis vingt-deux ans que je dépouille des tableaux : additionner une colonne de chiffres publics, puis regarder ce qu’elle donne une fois découpée en jours.

Les deux moitiés du GR20, chiffres du Parc en regard

Nord, Calenzana à VizzavonaSud, Vizzavona à Conca
Étapes97
Temps de marche publié57 h 0537 h 50
Moyenne par étape6 h 215 h 24
Étapes de 6 h ou plus7 sur 92 sur 7
Étape la plus longue8 h 00, deux fois7 h 00, une fois
Tient en six jours de marchenonoui, avec un doublage

Sept étapes sur neuf dépassent six heures au nord. Deux sur sept au sud. La différence tient dans la longueur des journées, et elle se lit avant toute note de difficulté sur cinq.

Les nuits, elles, se ressemblent : cinq des neuf nuits du nord se passent au-dessus de 1 500 mètres, quatre des sept nuits du sud aussi. Le sud dort aussi haut que le nord. Ce qu’il a de moins, ce sont des heures. Les seize étapes recollées bout à bout sont dans la page sur le GR20 entier.

Une semaine de congés, six jours de marche

Comptez ce qui vous reste vraiment. Sept jours, un pour venir, un pour rentrer : six jours de marche, sans aucune marge pour un orage ou une cheville.

Sept étapes en six jours, cela fait un seul doublage. Le sud en offre un facile, et c’est presque un cadeau : Usciolu à Cuscionu, 4 h 25, puis Cuscionu à Asinau, 4 h 15. Enchaînées, 8 h 40. Une longue journée, mais une journée de marcheur.

Neuf étapes en six jours, cela fait trois doublages. J’ai passé en revue toutes les façons de doubler trois fois sur les neuf étapes du nord. Celle qui écrase le mieux la plus longue journée laisse encore 13 h 10 le jour où l’on enchaîne Ortu di u Piobbu, Carozzu et Ascu Stagnu. Treize heures dix de temps du Parc, c’est-à-dire sans les pauses, sans les gourdes à remplir et sans la file d’attente derrière un groupe qui hésite sur une dalle. Aucun découpage ne fait mieux : la contrainte tient au fait que les trois premières étapes du nord font 6 h 30, 7 h 00 et 6 h 10, et qu’il faut bien en coller deux ensemble.

Les étapes courtes du nord sont au mauvais endroit

Le nord a pourtant deux étapes courtes. Elles ne servent à rien.

La cinquième, Tighjettu à Ciottulu di i Mori, tient en 4 h 00. Elle est coincée entre les deux seules étapes de huit heures du sentier : la quatrième, qui passe la pointe des Éboulis à 2 607 mètres sous le Monte Cintu, et la sixième, qui descend le Golu jusqu’au Manganu. La coller à l’une ou à l’autre donne douze heures. La huitième, Petra Piana à l’Onda, tient en 4 h 50, entre une étape de 6 h 30 et une de 6 h 05 : onze heures vingt d’un côté, dix heures cinquante-cinq de l’autre.

Au sud, les deux étapes courtes se suivent. C’est ce qui rend le sud compressible et le nord non, et ça ne se voit sur aucune carte. Sur ce que ces heures en plus donnent quand le terrain devient exposé, la page sur les passages où les accidents se répètent dit mieux qu’un tableau.

Le sens de marche déplace le GR20 nord, presque pas le sud

Le Parc publie ses temps dans les deux sens, et l’écart entre les deux colonnes n’est pas le même des deux côtés de Vizzavona.

Au nord, 57 h 05 en descendant de Calenzana, 52 h 40 en montant depuis Vizzavona : quatre heures vingt-cinq de moins. Au sud, 37 h 50 en descendant de Vizzavona vers Conca, 39 h 55 en remontant : deux heures cinq de plus.

Sur le parcours entier, les deux écarts se compensent presque : d’où la phrase qu’on répète partout, « le sens ne change rien ». Sur une moitié, il change quelque chose, et il pointe du même côté dans les deux cas. Quelle que soit la moitié que vous prenez, les temps publiés sont plus courts quand vous partez de Vizzavona. Comptez vous-même, les seize lignes sont en accès libre chez le Parc et dans le topoguide de la Fédération française de la randonnée.

Vizzavona a une gare, Conca n’en a pas

Vizzavona est un arrêt de la ligne Bastia-Ajaccio des Chemins de fer de la Corse, celle qui dessert Corte, où j’habite. On descend du train avec son sac et on est au départ. Aucune autre extrémité de moitié ne permet ça.

Calenzana est à 13 kilomètres de Calvi, qui a un port, un aéroport et une gare. Une navette monte au village en saison, un taxi fait le trajet le reste de l’année. Les deux bouts de la moitié nord sont desservis toute l’année.

Conca n’a rien de tout ça. Le village est à 6 kilomètres de Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, et la liaison est tenue par une navette des autocars Bradesi qui ne circule qu’en été, ni le dimanche ni les jours fériés. Le jour où vous arrivez à Conca, vous êtes au point du parcours le plus éloigné d’un train. C’est ce que coûte la moitié la plus facile à marcher, et c’est le seul terrain où le nord gagne franchement.

Qui prend le GR20 nord, qui prend le GR20 sud

Vous avez une semaine, vous marchez en montagne plusieurs fois par an, vous n’avez jamais eu à poser les mains sur du rocher plusieurs heures d’affilée, et ce que vous voulez c’est finir : prenez le sud, de Vizzavona à Conca. Six jours de marche, un seul doublage, et réservez votre retour depuis Porto-Vecchio avec une journée de battement.

Vous avez dix jours pleins, vous avez déjà marché en terrain d’alpinisme facile, et ce que vous venez chercher c’est la haute montagne : prenez le nord, de Vizzavona à Calenzana, neuf étapes sans en doubler aucune, et vous finissez à Calvi, avec le port et l’aéroport sur place. Le nord ne se raccourcit pas. Il se prend entier ou il se laisse.

Si les deux vous paraissent hors de portée cette année, la comparaison des neuf itinérances du Parc montre qu’on traverse aussi la Corse sans mettre les mains.

Un point vaut pour les deux moitiés, et il se joue en janvier : les nuitées se prennent sur la centrale de réservation du Parc, et le dortoir part avant l’emplacement de bivouac. Une moitié de GR20 se réserve à la même date, sur le même site et contre les mêmes gens qu’un GR20 entier. La méthode est la même, et elle se prépare avant l’ouverture.

Écrit par

Anne Poggioli

documentaliste de patrimoine, à Corte

Je transcris des registres et j'arpente les villages du Centre Corse depuis 2004. J'ai relevé plus de 1 200 linteaux gravés dans une quarantaine de communes. Je compte les volets fermés en février, jamais en août.

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