Le GR20 de bout en bout : ce qu'on signe vraiment quand on s'y engage

Seize étapes de Calenzana à Conca, près de 95 heures de marche au compteur du Parc, quinze nuits à réserver dès janvier. Ce que le GR20 demande, ce qu'il coûte, et à qui il ne convient pas.

Article de fond Par Sandra Peraldi Publié le 9 août 2026 23 min de lecture

Balisage blanc et rouge du GR20 peint sur un bloc de granit, peinture écaillée et lichen autour

En bref : le GR20 traverse la Corse en diagonale, de Calenzana à Conca, en seize étapes de haute montagne, pour un total de 94 h 55 de marche quand on additionne les temps publiés par le Parc naturel régional de Corse. Le chiffre de 180 kilomètres que tout le monde recopie n’apparaît nulle part dans le topoguide de référence, qui annonce « environ 200 kilomètres » et ne donne aucune distance par étape : ici, une journée se mesure en heures et en dénivelé. Réservez vos nuitées à l’ouverture de la plateforme du Parc, en janvier, et regardez les emplacements de bivouac avant les dortoirs : c’est le dortoir qui se remplit en premier.

Pendant des années, j’ai répété à mes clients que le GR20 faisait cent quatre-vingts kilomètres. Je le disais parce que je l’avais lu, et je n’ai jamais vérifié où. Le jour où j’ai enfin ouvert le topoguide de la Fédération française de la randonnée, celui qui décrit le sentier étape par étape et qui fait autorité, j’y ai lu « environ 200 kilomètres ». Et je n’y ai trouvé aucune distance par étape. Aucune. Seize étapes, seize temps de marche, seize dénivelés, pas un kilomètre.

Ça m’a appris deux choses. La première, c’est que je racontais un chiffre dont j’ignorais l’origine, ce qui est exactement ce que je reproche aux autres. La seconde vous servira davantage : si l’organisme qui trace et balise le sentier ne publie pas de kilométrage par étape, c’est que le kilométrage ne décide de rien ici.

Le GR20 relie Calenzana, en Balagne, à Conca, au-dessus de Porto-Vecchio, en suivant grosso modo la ligne de partage des eaux de l’île. Seize étapes, neuf au nord jusqu’à Vizzavona, sept au sud ensuite. Le Parc naturel régional de Corse tient les refuges, la Fédération française de la randonnée édite le topoguide. On y monte à 2 607 mètres, on y dort entre 1 055 et 1 991 mètres, et on y marche presque six heures par jour en moyenne, sans compter les pauses.

Cette page pose le tracé et les seize étapes avec les temps officiels, la durée à prévoir pour de vrai, la fenêtre où les refuges sont gardés, le niveau que le sentier réclame, ce qu’il coûte et comment on réserve. Chaque point qui mérite mieux qu’un paragraphe renvoie à sa page.

J’ai parcouru le GR20 trois fois en entier : en juin 2011 du nord au sud en quatorze jours, en 2017 du sud au nord en onze, en septembre 2023 avec un groupe en quinze, plus une trentaine d’étapes refaites isolément. Accompagnatrice en moyenne montagne à mon compte depuis mars 2016, installée à L’Île-Rousse. Ce que je n’ai pas fait moi-même, je le dis.

Ce qu’est le GR20, et ce qu’il n’est pas

C’est un sentier de grande randonnée balisé en blanc et rouge, qui traverse la montagne corse du nord-ouest au sud-est en seize journées de marche, avec des nuitées en refuge ou en bivouac réservées à l’avance.

« GR » veut dire sentier de grande randonnée, et rien d’autre. Le vingt est plus discuté : la Corse a porté le numéro de département 20 jusqu’en 1976, et l’explication circule partout, mais je n’ai trouvé aucun document de la Fédération qui la confirme. Son nom corse, lui, est documenté : Fra li monti, à travers les montagnes, titre du guide publié par le Parc à sa création en 1972.

De quoi il est fait, concrètement :

  • Seize étapes, neuf de Calenzana à Vizzavona, sept de Vizzavona à Conca.
  • Douze sites gérés par le Parc : Ortu di u Piobbu, Carozzu, Ascu Stagnu, Tighjettu, Ciottulu di i Mori, Manganu, Petra Piana, l’Onda, Prati, Usciolu, Asinau, Paliri.
  • Trois nuits hors Parc : Vizzavona, E Capanelle et le plateau du Cuscionu, où ce sont des gîtes et des bergeries privés qui accueillent, à réserver directement auprès d’eux.
  • Un balisage unique, blanc et rouge. Le jaune signale une liaison ou une variante, ce n’est pas le GR20.
  • Une seule gare sur tout le parcours, à Vizzavona, à la moitié exacte.

Ce que le GR20 n’est pas : de l’alpinisme. On n’y encorde personne, on n’y porte pas de crampons en saison. Pas non plus une randonnée en autonomie, puisque le camping libre y est interdit et que chaque nuit se réserve. Et pas un rite de passage, même si l’idée s’est installée. Un très bel itinéraire de montagne, difficile, qui ne prouve rien sur personne.

Son histoire tient en quatre dates. Jean Loiseau publie en 1952 des Itinéraires de Corse qui recouvrent déjà une bonne part du tracé actuel. Guy Degos, ingénieur des forêts, fait étudier une traversée par la ligne de partage des eaux, et l’étude revient à Michel Fabrikant, ancien amiral, qui réalise le premier balisage avec des bénévoles en 1970. L’homologation tombe en 1971, en même temps que les deux premiers refuges. Le Parc naît en 1972.

Pourquoi le GR20 ne se prépare pas comme une itinérance ordinaire

Parce qu’une fois engagé sur une étape, vous n’avez presque jamais le choix de vous arrêter au milieu.

Sur les seize étapes, une route ne touche le sentier qu’à cinq endroits : Haut-Asco, le col de Verghju, Vizzavona, Bocca di Verde et le col de Bavella. Entre deux de ces points, ni village, ni arrêt de car, ni couverture réseau garantie. Vous marchez d’un refuge au suivant, ou vous faites demi-tour sur ce que vous venez de monter. C’est cette contrainte, et pas la pente, qui distingue le GR20 des itinérances corses de bord de mer.

Le sentier est très fréquenté et le sait. Plus de 130 000 nuitées enregistrées en 2022 par le Parc naturel régional de Corse, et une question des quotas qui revient à chaque saison, jusque dans les colonnes de la Fédération française de la randonnée. En août, des refuges dimensionnés pour trente ou quarante personnes en voient passer beaucoup plus, et les sources d’altitude baissent plus tôt qu’avant.

Ne pas se préparer coûte cher, et rarement de la manière qu’on imagine. Ce ne sont pas les cols qui arrêtent les gens, ce sont les pieds, les chevilles et le sac. Un sentier de blocs, quatre jours de suite, sur des chaussures achetées la semaine d’avant, et c’est fini au troisième jour.

Le « taux d'abandon du GR20 » ne repose sur rien. On lit 30 %, 40 %, 50 %, et jusqu'à 60 % les mauvaises années. J'ai cherché la source de ces chiffres : je n'en ai trouvé aucune, ni au Parc, ni à la Fédération. Personne ne compte les départs de Calenzana, donc personne ne peut calculer un taux. Il existe des nuitées réservées et des nuitées consommées, et ça ne dit pas la même chose.

Qui est concerné ? Quelqu’un qui marche déjà plusieurs jours de suite avec son sac, qui a l’habitude d’un terrain qui bouge sous les pieds, et qui accepte l’idée de renoncer à une étape. Si l’un des trois manque, le Mare e Monti ou l’un des Mare a Mare donnera un meilleur voyage. Je le dis à des gens qui viennent pour le GR20, et ça me coûte des réservations.

Les seize étapes du GR20, du nord au sud

Voici les seize étapes telles que le Parc naturel régional de Corse les publie, avec ses propres temps de marche dans les deux sens. Les altitudes des points d’arrivée viennent du topoguide de la Fédération. Vous ne trouverez pas de colonne « kilomètres » : la source officielle n’en donne pas, et je ne vais pas en inventer une.

#ÉtapeArrivéeAltitudeNord → sudSud → nord
1Calenzana → Ortu di u Piobburefuge1 520 m6 h 305 h 00
2Ortu di u Piobbu → Carozzurefuge1 270 m7 h 005 h 00
3Carozzu → Ascu Stagnurefuge1 422 m6 h 104 h 45
4Ascu Stagnu → Tighjetturefuge1 683 m8 h 008 h 00
5Tighjettu → Ciottulu di i Morirefuge1 991 m4 h 004 h 00
6Ciottulu di i Mori → Manganurefuge1 601 m8 h 008 h 00
7Manganu → Petra Pianarefuge1 842 m6 h 306 h 00
8Petra Piana → l’Ondarefuge1 430 m4 h 505 h 15
9L’Onda → Vizzavonaprivé920 m6 h 056 h 40
10Vizzavona → E Capanelleprivé1 586 m5 h 154 h 50
11E Capanelle → Pratirefuge1 820 m6 h 106 h 00
12Prati → Usciolurefuge1 727 m5 h 456 h 30
13Usciolu → Cuscionuprivé1 436 m4 h 255 h 00
14Cuscionu → Asinaurefuge1 530 m4 h 154 h 00
15Asinau → Palirirefuge1 055 m7 h 007 h 20
16Paliri → Concavillage252 m5 h 006 h 15

Additionnez la colonne du milieu : 94 h 55. Celle de droite, du sud vers le nord, donne 92 h 35. Deux heures vingt d’écart sur seize jours, moins de dix minutes par jour. J’ai fait ce calcul parce que la question du sens revient tous les mois et qu’on y répond par des impressions. Le sens ne change presque rien à la somme des temps ; il change l’ordre dans lequel les difficultés arrivent, et ça, c’est autre chose.

Deux étapes tiennent huit heures, la quatrième et la sixième, et elles ne se ressemblent pas du tout. La quatrième, d’Ascu Stagnu à Tighjettu, passe au point haut du sentier, la Pointe des Éboulis à 2 607 mètres, sous le Monte Cintu. Elle a remplacé en 2016 le passage du cirque de la Solitude, débalisé et déséquipé après le 10 juin 2015, quand sept randonneurs y ont perdu la vie dans un éboulement. Ce site reste interdit d’accès par arrêté.

La sixième, elle, est décrite par les agents du Parc comme « roulante ». Huit heures roulantes, ça existe : c’est long, ça descend le long du Golu, ça passe au lac de Ninu, et ça ne casse rien.

Combien de jours prévoir pour le GR20

Seize jours de marche et quinze nuits sur le sentier, plus la logistique aux deux bouts, ce qui fait un séjour de dix-huit à dix-neuf jours porte à porte.

Les 94 h 55 officielles se répartissent en 5 h 56 par jour en moyenne. C’est du temps de marche sec. Ajoutez les pauses, les gourdes à remplir, les photos, le passage à la file sur une dalle où le groupe de devant hésite : comptez de sept à neuf heures entre le départ du refuge et l’arrivée au suivant. C’est pour ça qu’on part tôt. Mes groupes démarrent à 6 h 30 en juillet et août, je l’annonce à la réservation, et c’est souvent là que les gens renoncent.

Les découpages plus courts se vendent bien : douze jours, dix jours, huit jours. Ils consistent à enchaîner deux étapes dans la même journée, en général au sud où le terrain le permet. Sur le papier, oui. En pratique, vous supprimez la seule marge dont vous disposez, celle qui absorbe un orage ou une cheville. Je l’ai fait en 2017, en onze jours du sud au nord. Je ne le referai pas, et je ne l’organiserai pour personne.

Deux jours de battement dans le séjour, pas dans le programme : c’est ce que je cale depuis 2019. Deux jours qui ne servent à rien s’il ne se passe rien. Le 21 juillet 2019, j’ai fait demi-tour avec huit personnes à quarante minutes d’un col parce que le ciel tournait ; l’orage est arrivé une heure et demie plus tard. Sans marge, cette décision devient impossible à prendre.

L’erreur classique, c’est de caler le retour au plus juste. Un bateau ou un vol le lendemain de Conca, et la journée de battement disparaît. Regardez ce que coûte un décalage sur votre traversée ou votre vol avant de fixer les dates.

La difficulté du GR20 : ce qui use n’est pas le dénivelé

Ce qui met les gens à bout sur le GR20, c’est le terrain, pas la pente.

J’ai appris ça en me trompant. En septembre 2023, j’ai pris un groupe de marcheurs vosgiens très solides et j’ai supposé qu’un dénivelé équivalent à ce qu’ils avaient l’habitude de faire donnerait une journée équivalente. J’avais confondu dénivelé et terrain. Trois heures de blocs et de dalles ont mis deux personnes à bout, j’ai fait redescendre par Bonifatu et refait l’étape avec elles deux jours plus tard, autrement. Depuis, je ne présente plus jamais une étape par son dénivelé seul.

Les avertissements du Parc sont assez francs, autant les citer. Sur la première étape, le sentier devient « plus accidenté pouvant nécessiter l’usage des mains ». Sur la deuxième, il faut « ne pas négliger le côté accidentogène de la zone », pierriers et éboulis, chevilles en première ligne. La septième est une « belle étape de montagne », et le Parc traduit lui-même : comprenez exigeante, avec une attention de chaque instant.

Reste le point que personne ne met en avant et qui casse des séjours : l’eau. Aucun point d’eau entre la fontaine d’Ortiventi, au-dessus de Calenzana, et le refuge d’Ortu di u Piobbu. Le lendemain, pas une goutte jusqu’à Carozzu. Le surlendemain, étape « dépourvue d’eau sur tout le parcours », et le lac de la Muvrella impropre à la consommation. Trois journées sèches d’affilée, pour ouvrir. Ces trois avertissements sont ceux du Parc, pas les miens. Plus au sud, l’étape de Prati à Usciolu porte une alerte de manque d’eau en juillet et en août.

Traduction en poids : deux litres minimum au départ sur les trois premières étapes, trois si vous transpirez beaucoup. Deux kilos de plus dans un sac déjà lourd, le premier jour, celui où l’on monte 1 360 mètres. Personne ne vous le dira à la réservation.

Deux choses que je ne prétends pas savoir. Le terrain enneigé, sur lequel je n’ai pas l’unité de formation, où je n’encadre pas, et où j’annule ou je contourne en juin sur les névés du nord. Et l’escalade : la variante alpine de Bavella relève d’un autre métier que le mien.

Réserver les refuges et le bivouac du GR20

Tout se réserve en ligne, sur la plateforme du Parc naturel régional de Corse, y compris les emplacements de bivouac, et le camping libre est interdit sur tout le parcours.

La plateforme se trouve sur pnr-resa.corsica. Pour 2026, elle a ouvert le 20 janvier, et les refuges sont gardés du 16 mai au 4 octobre. Paiement par carte. On peut décaler une date ou changer de refuge jusqu’à deux jours avant l’étape, sous réserve de disponibilité, ce qui est plus souple que la réputation qu’on lui fait.

Les tarifs ont augmenté cette année. La Fédération française de la randonnée a annoncé trois euros de plus par nuit en refuge et cinq de plus sur la location de tente ; les prix publiés pour la saison sont de 20 € la place en bât-flanc, 12 € l’emplacement de bivouac avec votre tente, 27 € avec une tente louée pour une personne, 39 € pour deux.

Voici ce que j’ai fait le 9 août 2026, en pleine saison, et que vous pouvez refaire en trois minutes. La plateforme publie un état des stocks à sept jours. J’ai compté les cases des douze sites du Parc sur la semaine du 9 au 15 août, soit 84 cases par formule : 45 complètes sur 84 en dortoir, contre 22 sur 84 en bivouac. Quatre sites affichaient complet en dortoir les sept nuits d’affilée, Ortu di u Piobbu, Tighjettu, Asinau et Paliri, et sur ces mêmes quatre, le bivouac restait ouvert presque tous les soirs.

La conclusion vaut de l’argent : c’est le dortoir qui sature, pas le sol. Une tente dans le sac, ou louée sur place, et votre calendrier redevient libre. Le calendrier de réservation et ce qui se loue en route a sa page.

Un bat-flanc de bois nu dans un dortoir de refuge, deux sacs de couchage roulés posés dessus, lumière de fin de journée par une petite fenêtre

L’erreur que je vois le plus : croire que la réservation du bivouac est facultative parce qu’on dort dans sa propre tente. Elle ne l’est pas.

Quand partir : la fenêtre où le GR20 est praticable

Entre la mi-juin et la mi-septembre pour un sentier sûr, avec deux réserves aux deux bouts et une contrainte qui n’a rien à voir avec la neige.

Le gardiennage court du 16 mai au 4 octobre en 2026. Ce sont les dates du service, pas les dates de praticabilité. En mai et en juin, les névés tiennent sur les versants nord du secteur du Cintu, et les passages exposés deviennent une autre affaire ; c’est là que je contourne ou que j’annule. Fin septembre et début octobre, le sentier est magnifique et vide, mais les journées raccourcissent et une étape de huit heures ne se lance plus à 9 h.

La contrainte que presque aucun guide ne mentionne : l’incendie. De la mi-juin à la mi-septembre, les massifs corses peuvent être fermés au public à tout moment de la journée en cas de risque sévère. La carte du risque paraît à 18 h pour le lendemain, sur le portail de prévention du risque incendie en Corse, et le Parc publie de son côté un bulletin daté des fermetures de sentiers ; celui du 4 août 2026 donnait toutes les étapes du GR20 ouvertes.

Un GR20 en août peut donc s’arrêter un matin pour une raison qui n’est ni votre forme ni la météo au sens où vous l’entendez. Regardez la carte la veille au soir, tous les soirs. C’est un geste de trente secondes que personne n’a pris l’habitude de faire.

Pour le reste du séjour autour de la marche, ce qui ouvre et ce qui ferme d’un mois à l’autre est traité dans le calendrier de ce qui est ouvert en Corse.

Ce que coûte un GR20, poste par poste

Comptez 240 € de nuitées auprès du Parc en dortoir pour la saison 2026, ou 144 € si vous dormez sous votre propre tente, plus trois nuits chez des hébergeurs privés et la nourriture.

Le détail se calcule facilement. Sur les quinze nuits du parcours, douze relèvent des sites du Parc et trois de gîtes et bergeries privés, à Vizzavona, à E Capanelle et sur le plateau du Cuscionu. Douze nuits à 20 € font 240 €, douze nuits à 12 € en font 144. L’écart, 96 €, s’obtient en portant une tente. À deux, avec une tente de deux places partagée, l’arbitrage n’est même pas discutable.

Deux postes que je ne chiffrerai pas à votre place : les trois nuits privées, qui publient chacune ses tarifs, et les repas. Les refuges d’altitude ont des restaurants exploités en délégation de service public, donc des cartes courtes et des prix qui ne sont pas ceux d’un village. Je n’ai pas relevé ces prix assez régulièrement pour les donner ici.

Sur un GR20, tout le monde regarde la nuitée et personne ne regarde le transport aux deux extrémités. Calenzana et Conca sont aux deux bouts opposés de l’île, et vous n’y arrivez ni n’en repartez comme d’une gare. Les navettes existent, avec des horaires courts, et une voiture laissée au départ ne sert plus à rien à l’arrivée. Réfléchissez à ce trajet avant de réserver quoi que ce soit, et lisez ce que la voiture coûte et permet réellement en Corse.

Par honnêteté : un GR20 accompagné ajoute le tarif journalier de l’accompagnateur. Je facture 220 € la journée pour un groupe constitué. Le budget d’ensemble d’un séjour est décomposé dans l’article sur les cinq postes de dépense.

Le sac et les chaussures, les deux décisions irréversibles

Le poids du sac et le choix des chaussures sont les deux seules décisions qu’on ne peut plus corriger une fois parti. Tout le reste s’ajuste en route.

J’en parle parce que je les ai ratées toutes les deux. Juin 2011, premier GR20 : sac pesé à 17 kilos au départ, chaussures achetées quatre jours avant, aucun repérage, un topo photocopié. J’ai fini par orgueil en quatorze jours, avec deux ongles de pied perdus et une tendinite qui me reprend encore par temps froid. Le sac, on le vide au premier refuge ; les pieds, non.

Une paire de chaussures de montagne à tige haute, cuir usé et semelle ressemelée, posée sur une dalle de granit devant un mur de pierre sèche

Quatre postes méritent qu’on y mette de l’argent, et je les défends ligne à ligne : les chaussures, le sac, les bâtons et l’assurance. Mes Meindl à tige haute se font ressemeler chez un cordonnier de Calvi, une paire tient environ trois ans. Mes bâtons Leki carbone pliants m’ont coûté 160 € en 2018 ; c’est ma dépense la plus discutée et celle que je regrette le moins, parce que ce sont les descentes qui abîment les genoux et que le GR20 en descend autant qu’il en monte. Le reste s’achète d’occasion, se recoud et se garde. Une veste à 400 € ne remplace pas une carte lue la veille.

Sur le poids, voici le chiffre que je donne à mes groupes : sac chargé, eau comprise, en dessous de dix kilos pour quelqu’un qui en pèse soixante. Au-delà, chaque descente devient une punition. En bivouac, la tente rentre dans ces dix kilos, elle ne s’ajoute pas : ce sont les trois pulls et le deuxième pantalon qui sautent.

Pour qui a déjà fait le GR20 : variantes, échappatoires et sens de marche

Si vous avez déjà bouclé une traversée et que vous cherchez autre chose qu’une répétition, le sentier offre trois familles d’options, et elles ne se valent pas.

Les variantes balisées d’abord. Entre Petra Piana et l’Onda, la variante des crêtes remplace le fond de vallée du Manganellu ; entre Asinau et Paliri, la variante alpine passe au pied des aiguilles de Bavella. Toutes deux sont balisées en jaune, et pas en blanc et rouge : ce n’est plus le GR20, c’est un itinéraire distinct, avec son propre niveau d’engagement. La variante de Bavella demande de l’aisance sur le rocher que je n’encadre pas moi-même.

Les échappatoires ensuite, et c’est ce que je voudrais que tout le monde connaisse avant de partir. Les cinq points routiers sont vos sorties, et Vizzavona, qui a une gare, est la seule sortie vraiment autonome du parcours. Le Sentier de la Transhumance, balisé en orange depuis le carrefour au-dessus de Calenzana, permet même d’éviter entièrement l’étape 4 et de rejoindre le col de Verghju : le topoguide de la Fédération le mentionne pour les passages enneigés du versant nord du Cintu.

Reste le sens de marche. Du sud au nord, vous montez en puissance, mais le balisage se lit moins bien à contresens et vous croisez tout le monde de face sur les passages étroits. J’ai fait les deux. Je conseille le nord vers le sud à qui découvre, l’inverse à qui revient.

Prérequis avant de vous engager sur une variante : avoir marché la version classique, savoir lire une carte au 1 : 25 000, accepter de faire demi-tour. Sans les trois, restez sur le blanc et rouge.

Les cartes, les guides et les sites à consulter avant de partir

Deux ressources suffisent pour préparer un GR20 : le topoguide de la Fédération et la plateforme du Parc. Le reste est du confort.

Les documents de référence

  • Topoguide « GR 20, à travers la montagne corse », Fédération française de la randonnée, une quinzaine d’euros à la boutique de la Fédération. Les seize étapes avec temps de marche dans les deux sens, dénivelés cumulés, altitudes, et les cartes IGN intégrées. La seule source qui fasse foi sur le tracé.
  • Cartes IGN au 1 : 25 000, en papier. Je les plie, je les plastifie, je les annote au crayon. Elles fonctionnent quand le téléphone est mort, ce qui arrive vers le quatrième jour.
  • Une application avec le fond IGN téléchargé hors ligne. J’utilise Iphigénie, il en existe d’autres. Peu importe laquelle, du moment que le téléchargement est fait avant de partir : il n’y a pas de réseau entre les refuges.

Les sites officiels, à consulter la veille de chaque étape

Les applications payantes de suivi de trace, je ne les ai pas testées, donc je n’en dirai rien. En montagne je porte une montre, pour le dénivelé et l’heure du coucher du soleil, et une carte papier pour tout le reste.

Par où commencer si le GR20 vous tente

Ouvrez l’état des stocks du Parc, aujourd’hui, sur les dates qui vous tentent pour l’an prochain. Trente secondes, et vous saurez pourquoi je vous parle de tente depuis le début de cette page.

Ensuite, sortez marcher une journée avec votre sac chargé comme il le sera, et faites 1 200 mètres de dénivelé positif avec une vraie descente derrière. Pas une montée sèche : une descente longue, sur terrain irrégulier. Ce test-là vous dira si vos chaussures et vos genoux tiendront, et il vaut mieux le passer en février près de chez vous qu’au troisième jour au-dessus de Carozzu.

Puis réservez dès l’ouverture de la plateforme, en janvier, en visant le bivouac sur les sites qui saturent, et lisez comment se décide un séjour en Corse avant de fixer vos dates.

L’hésitation que j’entends le plus : « est-ce que j’en suis capable ». Ce n’est pas la bonne question. La bonne, c’est : est-ce que je suis capable de m’arrêter au bon moment.

Questions fréquentes sur le GR20

Le GR20 fait combien de kilomètres ?

Le topoguide de la Fédération française de la randonnée annonce environ 200 kilomètres, et c’est la seule source officielle sur la question. Les autres chiffres qui circulent, 179, 180 ou 186 kilomètres, se recopient d’un site à l’autre sans qu’aucun n’indique d’où il vient. Aucune source officielle ne publie de distance par étape : le sentier se compte en heures de marche et en dénivelé.

Peut-on faire le GR20 sans expérience de la montagne ?

Non, pas dans de bonnes conditions. Il faut avoir marché plusieurs jours d’affilée avec son sac, sur un terrain qui bouge sous les pieds, avant de se présenter à Calenzana. Le Parc lui-même signale des passages où l’usage des mains devient nécessaire dès la première étape. Quelqu’un qui découvre l’itinérance passera un bien meilleur séjour sur le Mare e Monti Nord ou sur un Mare a Mare.

Faut-il faire le GR20 du nord au sud ou du sud au nord ?

Du nord au sud si vous découvrez le sentier. Les temps officiels ne départagent quasiment pas les deux sens, 94 h 55 contre 92 h 35, mais l’ordre des difficultés change : du nord au sud, les étapes techniques arrivent quand les jambes sont fraîches. Le sens sud-nord se lit moins bien au balisage et vous fait croiser tous les groupes de face.

Combien coûte le GR20 ?

Comptez 240 € de nuitées auprès du Parc pour douze nuits en dortoir en 2026, ou 144 € en bivouac avec votre tente, plus trois nuits chez des hébergeurs privés, la nourriture et les transports aux deux bouts. Ce sont ces transports, aux deux extrémités de l’île, qui font le plus souvent déraper le budget.

Peut-on faire seulement une partie du GR20 ?

Oui, et c’est même la meilleure entrée en matière. La coupure se fait à Vizzavona, à la moitié exacte, seul point du parcours desservi par le train. Neuf étapes au nord, plus techniques et plus minérales. Sept au sud, plus roulantes, avec des journées longues en crêtes.

Que veut dire GR20 ?

GR est l’abréviation de sentier de grande randonnée. Le nombre 20 renvoie à la numérotation nationale des GR ; l’explication qui le fait dériver de l’ancien numéro de département de la Corse, en vigueur jusqu’en 1976, est répétée partout mais je n’ai trouvé aucun document de la Fédération qui l’établisse. Le nom corse du sentier est Fra li monti, à travers les montagnes.

Y a-t-il de l’eau sur le GR20 ?

Pas partout, et surtout pas au début. Trois avertissements du Parc : aucun point d’eau sur les trois premières étapes après la fontaine d’Ortiventi, un lac de la Muvrella impropre à la consommation, un manque d’eau en juillet et en août entre Prati et Usciolu.

Ce qu’il faut retenir avant de réserver

Le GR20 se prépare en heures de marche, en dénivelé et en terrain, jamais en kilomètres. C’est la seule idée de cette page qui change vraiment quelque chose à votre séjour, et elle vient de la source officielle, qui ne publie aucune distance par étape.

Ce qui bouge en ce moment : les tarifs du Parc ont augmenté pour 2026, la plateforme de réservation affiche désormais les coordonnées des hébergeurs privés quand ses propres places manquent, et le débat sur les quotas revient à chaque saison depuis les 130 000 nuitées de 2022. La réintégration du cirque de la Solitude au tracé officiel a été soulevée en 2025, dix ans après le drame ; à ce jour le site reste interdit par arrêté.

Le premier geste, si le sentier vous tente : ouvrir l’état des stocks du Parc et regarder ce qui est complet cette semaine. Ça vous en dira plus que dix articles.

Poursuivre la lecture

Préparer sa traversée :

  • Réserver les refuges du GR20 et faire son sac
  • Choisir entre le GR20, les Mare a Mare et les Mare e Monti

Organiser le séjour autour :

Budget et logistique :

  • Le budget d’un séjour en Corse, poste par poste
  • Les sites corses qui se visitent sur réservation

Se baigner et souffler :

  • Les vasques et lacs de montagne où l’on se baigne
  • Les plages de Corse et leur accès réel