Réserver les refuges du GR20 et boucler son sac
Douze nuits du GR20 se réservent en ligne sur la centrale du Parc, trois se règlent au téléphone, et la formule que vous cochez décide de la moitié du contenu de votre sac. L'ordre des opérations, les tarifs 2026 et ce qu'on porte du premier au dernier jour.
21 août 2026 12 min de lecture Sandra Peraldi
« On verra sur place, on n’a jamais réservé de notre vie. »
Le monsieur qui m’a dit ça au téléphone voulait partir de Calenzana un 20 juillet. Sur le GR20, cette phrase ne veut plus rien dire. Les nuitées du Parc naturel régional de Corse se prennent en ligne et à l’avance, planter sa tente ailleurs que sur un emplacement payé est interdit, et le Parc n’a pas de refuge sur toutes les étapes. Douze sites en vente sur sa centrale, seize étapes : trois de vos nuits se règlent au téléphone, et on le découvre en général en janvier, au milieu de sa réservation, la moitié du parcours déjà payée.
Vous trouverez ici l’ordre dans lequel je m’y prends, et pourquoi la case que vous cochez décide de ce que vous porterez pendant quinze jours. J’ai fait la traversée trois fois en entier, en 2011, en 2017 et en septembre 2023 avec un groupe.
Ce qu’il faut avoir sous la main avant d’ouvrir la centrale
Comptez trois quarts d’heure pour la partie en ligne. La partie téléphonique s’étale sur plusieurs jours, parce qu’on ne joint pas une bergerie en une sonnerie.
- Vos dates fermes, jour du départ de Calenzana ou de Conca.
- Votre découpage écrit, une ligne par nuit, avec le nom du site. Pas dans la tête : écrit.
- Le nom, le prénom et l’année de naissance de chaque marcheur ; la centrale les demande dès la première nuit.
- Une carte bancaire. Le paiement se fait en ligne, il n’y a pas d’autre voie.
- Le niveau supposé : six à huit heures de marche en terrain de montagne, plusieurs jours de suite, avec les mains parfois.
Une hésitation entre le GR20 et une autre itinérance se règle avant de payer quoi que ce soit. Elle se traite dans la comparaison des grandes marches corses, et un billet de traversée ne se rattrape pas.
Étape 1 : arrêter vos dates avant de toucher à la réservation
Vous sortez de là avec une liste datée de quinze ou seize nuits, un nom de lieu par ligne. Tout le monde saute cette étape, et c’est elle qui commande le reste : la centrale ne vend pas des intentions, elle vend des nuits à des dates.
- Choisissez votre fenêtre de saison. Les refuges du Parc étaient gardés du 16 mai au 4 octobre en 2026. Hors gardiennage, il n’y a ni vente, ni ravitaillement, ni douche.
- Choisissez votre sens. Du nord au sud, les étapes les plus cassantes tombent sur des jambes fraîches et un sac plein. J’ai marché dans les deux sens et je continue à conseiller celui-là.
- Découpez en heures de marche. Huit heures sont annoncées sur l’étape 4 comme sur l’étape 6, et ces deux journées n’ont rien à voir : la première casse les articulations, la seconde se déroule. Ici tout se compte en heures et pas en kilomètres.
- Ajoutez un jour. Un seul. Il ne servira peut-être à rien.
Vérification : chaque ligne porte une date et un nom. S’il vous reste des « ou bien », vous n’êtes pas prêt à réserver.
Étape 2 : repérer les trois nuits que la centrale ne vend pas
Votre liste se coupe alors en deux : ce qui se paie en ligne, et ce qui se réserve au téléphone.
Douze sites sont en vente sur le tracé : Ortu di u Piobbu, Carozzu, Ascu Stagnu, Tighjettu, Ciottulu di i Mori, Manganu, Petra Piana, l’Onda, Prati, Usciolu, Asinau et Paliri. Le treizième proposé, A Sega, est hors GR20.
Il manque donc trois fins d’étape, et ce sont toujours les mêmes :
| Étape | Fin d’étape | Où l’on dort |
|---|---|---|
| 9 | Vizzavona | hôtels, gîtes et aire de bivouac privés du hameau |
| 10 | E Capanelle | gîte U Fugone |
| 13 | Cuscionu | bergerie de Bassetta, gîte Matalza, bergerie d’I Croci |
Les numéros de téléphone figurent sur la page des étapes de la centrale du Parc, au bas de chaque étape concernée. C’est la seule liste officielle que je connaisse, tenue par ceux qui gèrent le sentier.
Le contrôle : douze lignes marquées « Parc », trois lignes marquées « téléphone ». Si vous en comptez seize, vous avez oublié que la dernière nuit se passe à Conca, chez qui vous voulez.
Étape 3 : choisir votre formule, et voir ce qu’elle retire du sac
Une fois ceci fait, vous savez ce que coûtent vos nuits et vous avez rayé deux ou trois objets de votre liste de matériel.
Quatre formules sont en vente. Les tarifs ci-dessous sont ceux de la saison 2026, relevés par la Fédération française de la randonnée pédestre et par le site GR20 Infos, qui concordent.
| Formule | Tarif 2026 | Ce que ça change dans le sac |
|---|---|---|
| Bât-flanc (dortoir) | 20 € | rien : les couvertures ne sont pas fournies |
| Emplacement de bivouac, par personne | 12 € | vous portez tente, tapis et duvet |
| Bivouac une personne + tente de location | 27 € | tente et petit matelas fournis |
| Bivouac deux personnes + tente de location | 39 € | tente et deux petits matelas fournis |
La première ligne du tableau piège plus de monde que tout le reste de cette page. Le Parc écrit noir sur blanc, dans la description de ses services, que les couvertures ne sont pas fournies en dortoir. Payer le bât-flanc ne dispense donc pas d’un sac de couchage. À 1 900 mètres, une nuit de juin descend assez bas pour qu’on le regrette.
La location de tente, elle, retire vraiment du poids : la tente et un petit matelas vous attendent sur place, vous montez avec votre duvet et rien d’autre pour la nuit. Je la prends quand j’accompagne des gens dont je sais que le sac sera trop lourd.
Les prix ont bougé en 2026, de trois euros sur le dortoir et sur le bivouac, de cinq à huit euros sur les tentes. Un budget calé sur un tableau trouvé en ligne mérite qu’on en regarde le millésime.

Étape 4 : lire l’état des stocks avant de figer l’itinéraire
Le résultat : vous savez lesquelles de vos nuits sont jouables, et lesquelles ne le seront jamais.
La centrale publie un état des stocks consultable sans compte : on choisit une période, on lit site par site ce qui reste en dortoir, en bivouac et en tente. Presque personne ne l’ouvre avant de réserver, et il dit pourtant une chose qu’aucun guide ne dit.
Le 9 août 2026, j’ai regardé trois semaines de la saison restante. Ortu di u Piobbu, Tighjettu et Asinau affichaient « complet » en bât-flanc sur la totalité des dates, y compris la dernière semaine de septembre où tout le reste du sentier était vert. Leurs lignes bivouac et tente, elles, étaient libres.
Ces trois-là ne sont pas pleins : ils n’ont pas de dortoir à vendre. Le bâtiment principal d’Ortu di u Piobbu, dortoir et cuisine compris, a brûlé le 4 mai 2019, et celui d’Asinau en mars 2016.
- Ouvrez l’état des stocks sur une semaine de fin de saison, quand la fréquentation retombe.
- Notez ce qui reste rouge : c’est fermé, pas plein.
- Reportez-le sur votre liste. À ces trois-là, vous dormez sous tente, la vôtre ou celle du Parc.
Relisez votre liste : aucune nuit ne doit reposer sur un dortoir affiché complet en septembre.
Étape 5 : réserver les douze nuits du Parc en une seule fois
Vous en sortez avec une confirmation payée qui couvre les douze nuits en refuge.
La réservation ouvre en janvier : en 2026, plateforme ouverte le 20 janvier pour des refuges gardés à partir du 16 mai. Les premières semaines de juin et de septembre partent vite, Ortu di u Piobbu, Carozzu et Usciolu en tête.
- Ouvrez la centrale GR20 sur pnr-resa.corsica et renseignez votre première nuit, avec l’identité de chaque marcheur.
- Ajoutez les refuges un par un, dans l’ordre des dates, en vérifiant la disponibilité à chaque ligne.
- Validez l’ensemble, puis payez par carte. Il n’y a pas de paiement sur place.
- Imprimez la confirmation. Le réseau, sur le sentier, n’est pas un plan.
Trois règles avant de cliquer : la place est gardée jusqu’à 19 heures le jour dit, la date ou le refuge se modifient jusqu’à deux jours avant l’étape sous réserve de disponibilité, et le remboursement intégral suppose une annulation deux mois avant le départ. Cette souplesse de deux jours n’existe pas en août ; en septembre, elle marche.
Vérification : le montant débité correspond à la somme des lignes de votre tableau. S’il manque une nuit, c’est maintenant qu’on s’en aperçoit.
Étape 6 : appeler Vizzavona, E Capanelle et le Cuscionu
Vos trois nuits hors centrale ont alors un nom, un numéro et un accord.
Faites-le dans la même semaine que la réservation en ligne, pas en mai. Ces établissements prennent les mêmes marcheurs que les refuges du Parc, et ils remplissent aux mêmes dates.
- Appelez, ne mailez pas. Une bergerie répond au téléphone entre deux services, pas à un formulaire.
- Annoncez la date, le nombre de personnes et la formule voulue : lit, tente à vous, tente louée.
- Demandez ce qu’ils servent le soir et le matin, et à quelle heure. De cette réponse dépend le poids de nourriture que vous montez ce jour-là.
- Notez le nom de la personne qui vous répond.
Le contrôle : les trois lignes « téléphone » portent chacune un établissement, une date confirmée et un nom.
Étape 7 : boucler le sac à partir de ce que vous avez réservé
À la fin de cette étape, votre sac est fait, pesé, et vous n’y touchez plus. Un sac de GR20 ne se compose pas dans l’absolu : il se compose à partir de vos quinze lignes de réservation.
- Les chaussures et le sac se décident les premiers, parce qu’ils ne se corrigent plus une fois parti. En juin 2011, je suis partie avec 17 kilos pesés au départ et des chaussures achetées quatre jours avant. J’ai fini par orgueil, avec deux ongles de pied en moins et une tendinite qui me reprend encore par temps froid.
- Le duvet monte dans tous les cas, dortoir compris.
- Le tapis et la tente sautent sur chaque nuit où vous avez pris une tente de location.
- L’eau se calcule sur trois étapes précises. Le Parc avertit lui-même qu’il n’y a plus une goutte entre Ortu di u Piobbu et Carozzu, que l’étape suivante jusqu’à Ascu Stagnu en est dépourvue de bout en bout, et que l’eau manque entre Prati et Usciolu en juillet et en août. Sur celles-là, on porte la journée. Je monte avec deux litres.
- Le gaz s’achète sur l’île. Les cartouches ne passent ni en cabine ni en soute ; en avion, prévoyez de les trouver à Calenzana. En bateau avec sa voiture, la question ne se pose pas, et c’est un des arguments que je pèse dans l’arbitrage entre la traversée et le vol.
- Les espèces montent avec vous. Le paiement en ligne se fait par carte, mais l’épicerie d’un refuge et une bergerie du Cuscionu, c’est autre chose, et il n’y a pas de distributeur entre Calenzana et Vizzavona.
Pesez enfin le sac une fois complet, avec l’eau et la nourriture dedans. Le chiffre ne regarde que vous. L’important est de l’avoir vu chez vous plutôt qu’au troisième col.

Les erreurs que je vois revenir chaque été
Réserver le GR20 comme on réserve un hôtel. Quinze nuits payées et datées, ce sont quinze journées que vous vous engagez à faire, quel que soit le ciel. Un orage de fin d’après-midi ne se négocie pas, et le jour où j’ai fait demi-tour à quarante minutes d’un col m’a coûté une étape entière. La parade est de découper large : quinze jours au lieu de douze, et un jour de battement que vous n’utiliserez peut-être pas.
Croire que le dortoir remplace le duvet. L’erreur vient d’une habitude continentale, celle des refuges gardés où les couvertures sont là. Ici elles ne le sont pas, la centrale l’écrit, et une nuit en altitude ne pardonne pas l’oubli.
Juger une étape à son dénivelé. En septembre 2023, j’ai emmené des marcheurs vosgiens très solides sur une étape dont le dénivelé ressemblait à ce qu’ils faisaient chez eux. Trois heures de blocs et de dalles ont mis deux personnes à bout, et nous sommes redescendus par Bonifatu. Le terrain compte autant que le dénivelé.
Acheter du matériel au lieu de lire le parcours. Une veste à 400 euros ne remplace pas une carte regardée la veille.
À quoi ressemble une réservation aboutie
Trois choses sont posées devant vous. Une confirmation payée qui aligne douze nuits datées, avec le nom du site et la formule retenue. Trois lignes manuscrites pour Vizzavona, E Capanelle et le Cuscionu, chacune avec un établissement, une date et un nom de personne. Un sac pesé, dont chaque objet correspond à une ligne de l’une ou l’autre liste.
Vous pouvez alors dire, sans ouvrir votre téléphone, où vous dormirez le neuvième soir et si vous y aurez une tente. Tant que la réponse commence par « je crois que », il reste un appel à passer.
Le cran au-dessus, une fois cette traversée derrière vous : la refaire fin septembre, quand la centrale affiche du vert partout et qu’on décide le matin où l’on couche le soir.
Les questions qu’on me pose
Peut-on faire le GR20 sans réserver ?
Non, plus depuis que le bivouac lui-même se réserve. Les emplacements autour des refuges sont payants et nominatifs, et planter la tente en dehors est interdit sur tout le tracé. Il reste une marge sur les trois étapes sans refuge du Parc, où un lit se trouve parfois la veille en septembre. En juillet, non.
Quand ouvre la réservation pour la saison suivante ?
En janvier. Pour 2026, la plateforme a ouvert le 20 janvier, pour une saison gardée du 16 mai au 4 octobre. Si vous visez la première quinzaine de juin ou celle de septembre sur les sites les plus courus, ce sont les jours qui suivent l’ouverture qui comptent, pas le mois.
Que se passe-t-il si j’arrive au refuge après 19 heures ?
Votre place n’est plus garantie au-delà de cette heure. Raison de plus pour partir tôt : en juillet, je lève mes groupes à 6 h 30, et je l’annonce à la réservation parce que c’est là que les gens renoncent, pas au troisième jour.
Quel volume de sac faut-il ?
Ça dépend de ce que vous avez réservé, et c’est tout l’objet de l’étape 7. En dortoir et en tente louée sur toutes les nuits, 35 à 45 litres suffisent. Avec votre tente et votre tapis, il faut monter en volume, et accepter que le poids change la nature de la traversée.
Ce qui reste difficile même quand tout est réservé
Les quinze nuits calées, la logistique cesse d’être votre sujet et le sentier redevient le seul. On ne cherche rien d’autre.
Reste une chose que je n’ai jamais bien résolue : une réservation ferme rend l’itinéraire rigide au moment précis où la montagne demanderait de la souplesse. Si je repartais demain pour mon compte, je poserais mes dates en septembre plutôt qu’en juillet, et je découperais en quinze jours plutôt qu’en douze, pour que le jour où je m’arrête ne coûte pas une nuit perdue. Je l’ai fait en juillet, je ne le referai pas.
Pour le reste, le tracé, les étapes et le niveau exigé sont traités à part, et le mois où vous venez pèse plus lourd sur cette traversée que sur n’importe quel autre séjour en Corse.
Écrit par
accompagnatrice en moyenne montagne, à L'Île-Rousse
Accompagnatrice en moyenne montagne à mon compte depuis 2016, après sept ans à monter des séjours dans une agence de Calvi. J'ai fait le GR20 trois fois. Depuis 2014 je note le prix, la durée et l'état de la mer de chaque traversée.