Les plus belles plages de Corse, et le vrai chemin pour y arriver
Neuf plages de Corse classées par ce que leur accès exige, du sentier de deux jours au parking en bord de route : le temps réel, le stationnement en août, et ce qu'on trouve sur place en eau, en ombre et en restauration.
17 août 2026 11 min de lecture Sandra Peraldi
Je déplie la carte au 25 000e sur le capot et je pose le doigt là où le goudron s’arrête. C’est mon geste du premier jour. On me demande la plus belle plage de Corse, je réponds par un temps de marche, et ça déçoit une personne sur deux.
Voilà pourquoi. Une plage n’est pas belle dans l’absolu : elle est belle avec quarante personnes dessus et invivable avec quatre cents. Le nombre dépend de l’accès, et de rien d’autre. Une navette de vingt minutes ne filtre personne ; six heures de sentier sans point d’eau filtrent presque tout le monde. Je classe donc ces neuf plages de la plus exigeante à la plus simple, avec le chemin réel, son temps, le stationnement en août et ce qu’on trouve sur place.
1. Ghignu : deux jours de sentier et rien à acheter
Aucune route ne mène à Ghignu, et c’est la seule plage de cette liste dont je peux le dire sans réserve.
Elle se gagne par le sentier du littoral des Agriates. Le Conservatoire du littoral, propriétaire ici de près de 5 700 hectares, donne les temps de son propre site : 2 h 45 depuis Saleccia, 6 h 30 depuis l’Ostriconi, sans ombre et sans point d’eau. Sur tout le domaine, camping, bivouac, feux et circulation des véhicules hors pistes autorisées sont interdits par le règlement du site.
Pour qui : un marcheur autonome, sur deux jours.
Sur place : rien. Les paillers restaurés du hameau font gîte d’étape, unique toit du secteur, et il n’y a rien à acheter nulle part. Le poste tombe à zéro, si vous avez porté vos 3 litres.
2. Girolata : un sentier de facteur, et la remontée
Girolata est un village sans route, et le seul endroit de Corse où l’on discute encore de savoir si c’est un avantage ou une infirmité.
On y descend depuis Bocca a Croce, le col de la Croix, sur la D81 au nord de Porto. C’est une étape du Mare e Monti Nord et je la fais avec des groupes depuis dix ans : 1 h 15 à 1 h 45 à la descente, 1 h 30 à 2 h au retour, en montée et en plein soleil. Les bateaux de Porto, Galéria, Cargèse et Calvi déposent en milieu de journée, à l’heure exacte où le village est plein. À pied, vous arrivez quand vous décidez.
Pour qui : quelqu’un qui sait qu’une remontée ne se négocie pas.
Sur place : restaurants et supérette en saison, seul cas de la liste où l’on mange sans avoir rien porté. Le sentier ne coûte rien. Le bateau varie du simple au double selon le port, et j’ai comparé ailleurs les grandes itinérances corses.

3. Saleccia : trois portes, la moins chère se fait à pied
Saleccia se mérite par une piste, par un bateau ou par 5 h 30 de sentier, et la combinaison que presque personne ne fait est de loin la meilleure.
La piste depuis Casta aligne 12 km de cailloux et demande une vraie garde au sol : 45 min à 1 h de roulage prudent, qu’une voiture de location basse paie à la restitution. Prenez plutôt la navette la moins chère, celle du Lotu, puis le sentier du littoral qui sépare les deux plages. Un peu plus d’une heure à plat, sans une once d’ombre : eau et chaussures fermées. Je le fais avec mes groupes depuis 2016.
Pour qui : ceux qui veulent le sable blanc sans engager une voiture de location.
Sur place : cet été 2026, les compagnies de Saint-Florent affichaient l’aller-retour autour de 20 € pour le Lotu et de 35 € pour Saleccia. Sur le sable, une paillote de mai à septembre, souvent en espèces, un camping à 500 m derrière la dune, aucune eau potable.
4. Le Lotu : la journée sans voiture la plus simple
Le Lotu s’atteint en laissant la voiture au port et en montant sur un bateau. C’est la seule de cette liste dans ce cas.
Les navettes partent de Saint-Florent toutes les heures environ, d’avril à septembre, de 8 h à 20 h, et le retour se cale sur l’heure d’aller choisie. Un opérateur annonce 5 h 30 sur place entre deux rotations : c’est long, et on ne quitte pas cette plage à pied en 10 minutes. Le sentier balisé qui part vers l’est vous met à Saleccia. Le Lotu ouvre donc sur autre chose que lui-même.
Pour qui : une famille qui refuse d’ajouter une journée de location de voiture.
Sur place : une vingtaine d’euros l’aller-retour adulte en haute saison, moins en mai et juin. Le stationnement est gratuit près de la citadelle chez au moins une compagnie. Sur le sable, une paillote saisonnière et des toilettes.
5. Ficajola : dix minutes de descente, le double au retour
Ficajola est la seule crique des calanches de Piana qu’on atteigne en voiture, et c’est ce qui en fait un piège à neuf heures du matin en août.
Depuis Piana, on prend la route de la plage d’Arone, puis à droite vers la marine 3 km après la sortie du village. La commune l’écrit sans détour : route très étroite, très pentue, croisements difficiles en été, parking minuscule. Du bout du parking, le sentier descend au sable en 10 minutes. Au retour, avec une glacière et des enfants fatigués, il en prend 20 et il monte. Je l’ai vu tourner à la crise de nerfs deux fois, jamais à cause de la plage.
Pour qui : qui part avant 8 h et repart avant midi.
Sur place : ni eau ni buvette, et rien à payer non plus quand il reste une place. L’ombre arrive tôt l’après-midi, les parois rouges tombant à pic dans la crique.

6. Roccapina : une piste de terre et zéro service
Roccapina offre le meilleur rapport entre ce qu’on voit et ce qu’on paie de toute la côte sud, et elle se protège toute seule avec 2,5 km de cailloux.
La piste part de la N196 entre Sartène et Bonifacio, au niveau de l’auberge. Elle passe en berline si l’on roule au pas en regardant les pierres qui dépassent au milieu ; pas en camping-car, le parking du bout n’autorise aucune manœuvre. L’assurance pose plus de problèmes que la piste. La plupart des contrats de location excluent les voies non revêtues, et une rayure de bas de caisse se règle au retour du véhicule. Ce poste est compté dans le budget d’un séjour parce que c’est celui qui dérape.
Pour qui : quelqu’un qui a déjà roulé sur une piste et lu son contrat.
Sur place : rien à boire, rien à manger, aucun poste de secours et aucune surveillance. Au-dessus, le Lion de Roccapina et sa tour génoise font la ligne d’horizon que tout le monde photographie depuis la route sans jamais descendre.

7. L’Ostriconi : un parking gratuit et des courants de retour
L’Ostriconi est la plage la plus facile des Agriates, et c’est aussi celle où j’ai vu le plus de gens sortir de l’eau avec l’air ennuyé.
On se gare gratuitement sur le terre-plein près du pont, puis on descend par un sentier qui traverse le maquis et longe l’embouchure : 10 à 20 minutes, sans ombre presque tout du long. La dune est fragile et le genévrier qui la tient est protégé, donc on reste sur les passages marqués. Surtout, l’embouchure fabrique des courants de retour quand le vent monte. La règle que je donne à mes groupes : si l’écume file régulièrement dans un sens depuis un point de la plage, ce point est une sortie de courant, on ne se baigne pas devant.
Pour qui : qui traverse entre la Balagne et le Nebbiu, et qui nage correctement.
Sur place : aucun service, et personne pour surveiller la baignade. Le premier café est à Palasca ou sur la nationale.
8. Mare e Sole, dite plage d’Argent : deux noms, une plage
Si vous cherchez séparément un itinéraire pour Mare e Sole et un itinéraire pour la plage d’Argent, vous cherchez deux fois le même endroit.
La commune de Coti-Chiavari l’écrit sur son site officiel : « On l’appelle Mare è Sole ou la Plage d’Argent », et elle se trouve sur la D55, juste avant l’embranchement qui monte au village. Le sable court sur deux communes, Pietrosella au nord et Coti-Chiavari au sud, ce qui explique l’obstination des deux noms. La pinède qui le borde donne de l’ombre naturelle toute la journée, assez rare pour valoir critère de choix : sur les huit autres plages de cette liste, l’ombre se transporte ou n’existe pas.
Pour qui : une journée avec des enfants en bas âge et l’envie de ne pas marcher.
Sur place : grand parking gratuit avant le virage, plein en fin de matinée en août. Restauration et location de matériel en saison, ici et à Verghia, 200 m plus loin sur la même route.
9. Palombaggia, Santa Giulia, Rondinara : ce que j’en sais, et de qui
Je place les trois plages les plus recherchées de Corse en dernier, et je dis pourquoi avant de dire autre chose.
Je ne connais pas l’Extrême-Sud. J’y suis allée une dizaine de fois, jamais en pleine saison, et je n’ai aucun titre à classer des plages que je n’ai pas vues au mois d’août. Ce qui suit vient de Sébastien Mariani, guide à Zonza : l’accès n’y est jamais le problème, le stationnement l’est. Palombaggia et Santa Giulia se rejoignent par la route depuis Porto-Vecchio, avec des parkings privés payants et des poches gratuites qui se remplissent avant 10 h. Rondinara se prend par une petite route, parking payant en saison.
Pour qui : celui qui vient pour la carte postale et l’assume. J’y suis allée aussi.
Sur place : paillotes, restauration et surveillance sur une partie du linéaire en juillet et août. Une navette estivale relie la citadelle de Porto-Vecchio à ces plages toutes les demi-heures, et elle règle le stationnement pour le prix de deux allers simples.
Les neuf plages en tableau
| Plage | Accès réel | Temps depuis la dépose | Stationnement en août | Sur place |
|---|---|---|---|---|
| Ghignu | Sentier ou mer | 2 h 45 de Saleccia | Sans objet | Gîte d’étape |
| Girolata | Sentier ou bateau | 1 h 15 à 1 h 45 | Au col, plein tôt | Restaurants |
| Saleccia | Navette, piste, sentier | 20 min de mer | Sans objet | Paillote, camping |
| Le Lotu | Navette | 20 min de mer | Gratuit au port | Paillote |
| Ficajola | Route étroite, sentier | 10 min, le double au retour | Minuscule | Rien |
| Roccapina | Piste de 2,5 km | 15 à 20 min au pas | Non aménagé | Rien |
| L’Ostriconi | Parking, sentier de dune | 10 à 20 min | Gratuit | Rien |
| Mare e Sole | Route D55 | Moins de 5 min | Gratuit, plein vers midi | Ombre, repas, surveillance |
| Palombaggia et voisines | Route ou navette | Quelques minutes | Plein avant 10 h | Paillotes, surveillance |
Comment j’ai choisi, et les deux plages que je ne donne pas
Je suis partie d’une trentaine de plages : celles que mes clients me citent depuis dix ans, celles que je traverse en repérage, celles qui reviennent dans les recherches. J’en ai gardé neuf sur trois critères.
- Je l’ai vue moi-même, sauf la dernière entrée, attribuée nommément. Je ne recommande pas sur catalogue : j’ai fait cette erreur en 2019, avec un hôtel de Porto-Vecchio et un couple de Rennes qui me faisait confiance depuis trois ans.
- L’accès se décrit précisément, avec un temps, un revêtement et un point de départ.
- Elle supporte le monde qu’une liste lui envoie. C’est le critère qui a éliminé le plus d’entrées.
Sur ce dernier point je suis à contre-emploi, et je le sais. Les classements de plages envoient quatre cents personnes sur un sentier taillé pour trente. J’écris quand même celui-ci, en donnant l’accès réel pour que vous choisissiez en connaissance de cause, et deux endroits n’auront jamais leur itinéraire ici : une vasque au-dessus du Fangu, dont je parle sans la situer dans l’article sur les piscines naturelles, et une crique de Balagne.
Aucune de ces plages n’a payé pour figurer ici, je n’accepte ni nuit ni repas offerts, et cette page ne porte aucun lien commercial. Les prix cités sont ceux que j’ai payés ou lus à l’été 2026.
Deux questions qui reviennent tous les mois
Y a-t-il des plages accessibles uniquement en bateau ?
Beaucoup moins qu’on ne le lit. Ghignu et Girolata se rejoignent aussi à pied, ce que la plupart des articles omettent, et la majorité des criques dites accessibles seulement par la mer se gagnent par un sentier que personne n’a pris la peine de décrire. Les vraies exceptions sont les criques des falaises de Bonifacio et une partie du littoral de Scandola, où la réserve encadre l’accostage. Plusieurs sites très fréquentés se réservent désormais à l’avance : j’en ai fait la liste ici.
Que se passe-t-il si le risque incendie est élevé le jour prévu ?
Vous ne partez pas. Quand le danger passe en sévère ou très sévère, la préfecture ferme des massifs entiers par arrêté, l’ouest des Agriates et le Fangu en font partie, et pistes comme sentiers sont interdits pour la journée. La carte du risque incendie pour les activités de pleine nature se consulte la veille au soir, les arrêtés paraissent chez les services de l’État en Haute-Corse. C’est le seul aléa qui annule une journée entière, et il tombe en juillet et en août.
Par où commencer si vous n’en faites qu’une
Saleccia, par la navette du Lotu et le sentier du littoral. C’est la plus belle journée de plage que je connaisse en Corse, pour 20 € par personne. Avec des enfants en bas âge, ou si personne ne veut marcher : Mare e Sole, garez-vous sous les pins, n’ayez aucun regret. Une heure de marche acceptée vous ouvre la moitié de cette liste ; refusée, elle vous en laisse trois. Ce qui ferait bouger le classement, c’est le stationnement : Roccapina et l’Ostriconi tiennent parce que leurs parkings sont mauvais. Regardez le calendrier mois par mois avant de fixer vos dates, les navettes des Agriates s’arrêtent bien avant la fin de la saison chaude.
Écrit par
accompagnatrice en moyenne montagne, à L'Île-Rousse
Accompagnatrice en moyenne montagne à mon compte depuis 2016, après sept ans à monter des séjours dans une agence de Calvi. J'ai fait le GR20 trois fois. Depuis 2014 je note le prix, la durée et l'état de la mer de chaque traversée.